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Crises psychédéliques : les questions les plus fréquentes
Comment aider quelqu'un à passer le cap d'un Bad Trip, une crise psychique ou spirituelle

Version 2.0
by Erowid


INDEX



Mise en garde: Propos préliminaires

Le contenu de ce document est purement informatif. Nous ne prônons pas les activités illégales. Nous croyons au droit de chaque individu d'avoir accès librement aux informations et aux débats d'idées. Nous invitons fortement les lecteurs à se renseigner sur les lois en vigueur dans leur pays concernant la possession, l'achat et la vente de quelconques produits psychoactifs qu'ils puissent avoir l'intention d'utiliser.
Ce document peut être diffusé si le texte ne subit aucune modification et s'il est fait mention de la source. Si vous souhaitez mettre une copie de ce document sur Internet, nous vous remercions de veiller à en présenter la version la plus récente.



Sources

Les informations contenues dans ce document ont été sélectionnées à partir de nombreuses sources. Erowid les a choisies, organisées et mises en page.



Introduction

Il existe de nombreuses situations au cours desquelles un usager de produits psychoactifs peut avoir besoin d'aide. Prendre une décision dans quelque situation que ce soit nécessite d'être calme, clairvoyant et capable de le faire. Ce document a pour objectif de donner quelques idées pour agir de façon appropriée. Chaque situation requiert une méthode particulière. Il faut souligner que le plus important à faire dans une situation de crise, et bien que cela soit le plus difficile, c'est de RESTER CALME et lucide.



Évaluation

Deux étapes pour aider quelqu'un qui traverse une crise: Evaluer et Agir. Il faut évaluer la situation et déterminer ce qu'il faut faire.

Évaluer la situation
  1. Il y a t-il danger physique immédiat ou potentiel ? [Situation critique] La personne est-elle consciente ? La respiration est-elle ralentie ou accélérée? Idem pour le rythme cardiaque. Il y a-t-il modification de la coloration de la peau ? Si la personne est inconsciente, répond-elle de façon appropriée à un stimulus douloureux ?
  2. La personne représente-elle un danger pour elle-même ou autrui? [Situation critique] Est-elle violente ou agit-elle de façon menaçante? Est-il possible qu'elle attaque quelqu'un? Qu'elle se blesse involontairement ? Qu'elle prenne le volant ? Qu'elle fasse une tentative de suicide ?
  3. La personne traverse-t-elle une crise de type spirituel, mental ou émotionnel? [Situation de crise] A-t-elle l'air démesurément effrayée, déprimée, en colère? A-t-elle des sautes d'humeur ? Agit-elle de façon irrationnelle ? Est-elle éveillée mais «non-communicante» ?
Informations utiles
Essayez de ne pas laisser la personne seule lorsque vous rassemblez ces informations. Dans le cas d'une crise émotionnelle ou spirituelle, il est souvent plus efficace de s'adresser à un ami ou aux personnes alentour plutôt que d'essayer d'obtenir les informations de la personne en crise elle-même.

  1. Quels produits a-t-elle pris ? Sous quelles formes (gobés, fumés, injectés, inhalés) ? Quelles doses ? Quand ? Est-elle sous traitement médical ?
  2. Qui est-elle ? A-t-elle des amis sur le site ? Où habite-elle ? Lui est-il déjà arrivé de faire des crises de ce type?


Essayez d'en savoir le plus possible. Sans une bonne évaluation de ce qu'il se passe le risque de commettre des erreurs fatales augmente (stimulation cardiaque sur quelqu'un ayant consommé des benzodiazépines, ne pas appeler les services d'urgences à temps, etc). Une fois les informations en votre possession, il doit vous être possible d'évaluer la gravité de la situation et d'agir en conséquence:
  • Situation critique - Danger physique potentiel pour la personne ou autrui. Intervention médicale à envisager.
  • Situation de crise - Comportement psychotique (de bénin à grave), attaques de panique, spirale de pensées négatives.


Les situations qui requièrent une aide professionnelle

  1. Si vous sentez que des vies sont en danger.
  2. Si vous sentez que la situation devient incontrôlable et que personne d'autre n'est prêt à prendre en charge la personne en crise.


Situation critique (vie en danger)

  1. Qui peut vous aider ? Trouvez quelqu'un qui a une expérience de la médecine d'urgence, la plus qualifiée possible. Un bénévole de la croix Rouge (ou autre) vaut mieux que quelqu'un n'ayant aucune expérience des pratiques de premiers secours.
  2. Si la personne fait une attaque. Desserrez ses vêtements, installez la de façon à ce qu'elle ne se blesse pas ou ne s'étouffe pas. Les attaques sont très dangereuses et elles comportent d'autant plus de risque qu'elles durent longtemps ou qu'elles arrivent fréquemment. Dans le pire des cas, elles peuvent provoquer des lésions cérébrales irréversibles.
  3. Si la personne est consciente. Repérez les signes distinctifs qui indiquent ce qu'elle a consommé. Une crispation de la mâchoire est généralement associée à la prise de MDMA ou autres stimulants. Idem pour le roulement des yeux (nystagmus). Vérifiez si la personne sue, la sueur, à ce stade, est un bon signe. Repérez les frissons, couvrez la personne si elle tremble.
  4. Si la personne est inconsciente. Essayez de la réveiller. Secouez-la doucement, parlez-lui d'une voix ferme «Est-ce-que ça va ? Tu veux que j'appelle un médecin ? …» Si elle vomit, positionnez-la afin qu'elle ne s'étouffe pas. Déterminez si elle est dans le coma ou en phase de dissociation.
  5. Si elle ne respire pas. Essayez de la faire respirer, desserrez ses vêtements, secouez-la doucement, libérez les voies respiratoires, surtout si elle a vomit. Si vous ou quelqu'un d'autre sait le faire commencez le bouche à bouche.
  6. Appelez les urgences. Il faudra du temps aux services d'urgence pour intervenir, préparez-vous à l'arrivée de véhicules et peut-être aussi de policiers. Dégagez l'accès pour les équipes des urgences afin qu'elle puissent atteindre la personne en crise. Si vous êtes dans une soirée privée demandez à ce que l'on arrête la musique et que l'on fasse une annonce pour trouver les amis de la personne… s'ils sont là.

    Appeler les urgences est une décision qui peut être difficile à prendre dans de nombreux cas, mais nous parlons ici de danger de vie ou de mort. Les conséquences d'un appel à l'aide des services extérieurs seront bien moins graves que celles causées par la perte d'une vie.


Situation de crise (Emotionnelle, mentale, spirituelle)

Les situations de crise sont multiples, elles peuvent aller d'accès d'agressivité potentiellement violents à des états de repli sur soi total, de la paranoïa la plus sévère à un comportement compulsif ou psychotique relativement bénin. C'est en fonction des symptômes observés que l'on peut gérer la situation.

Dans la plupart des situations, vous n'aurez pas à provoquer une réaction ou une action particulière de la personne en crise. Il ne s'agit pas de les convaincre de «redescendre» ; ceci en général ne fonctionne pas et ne fait qu'empirer les choses. Assurez-vous qu'elle comprenne que dans le monde extérieur tout va bien, que vous êtes avec elle et que vous la protégez. Assurez-vous qu'elle ne puisse pas se blesser ou blesser quelqu'un d'autre. Si la situation devient incontrôlable, cherchez de l'aide. Quoi que vous décidiez de faire observez l'effet que cela a sur la personne. Si cela a l'air d'aggraver son état, essayez autre chose.

De nombreux guides ou conseilleurs qui ont l'expérience de ces crises spirituelles ou émotionnelles disent que la meilleure chose à faire est de recommander à la personne de se laisse aller, de se laisse porter par ses émotions. Le mantra «respire, relax, laisse-toi aller» a été développé pour les thérapies psychédéliques des années 60 et 70 suite aux observations qui indiquaient que l'état de dissonance émotionnelle et de stress viendrait de ce que la personne lutte et résiste contre des processus internes potentiellement désagréables. Les guides suggèrent que le sentiment dominant provoquant la crise est la peur. Le rôle principal d'un gestionnaire de crise est donc d'aider à créer un espace sécurisant pour la personne.

Petits trucs
à essayer toujours en évaluant l'effet que cela a sur la personne que vous accompagniez :
  • Essayez d'évaluer si elle est «partie très loin ». Pense-t-elle être au même endroit que vous ? Peut-elle indiquer à quelle moment de la journée vous êtes ? Son nom ? Est-elle consciente d'avoir consommé un produit psychoactif ?
  • Rassurez la d'une voix ferme et calme et dites lui que vous êtes avec elle et que vous veillez sur elle.
  • Rappelez-lui que son état de conscience est dû aux effets d'un produit psychoactif et que cela aura une fin.
  • Dites-lui de respirer et de se relaxer.
  • Dites-lui que les crises émotionnelles sont normales.
  • Essayez d'être le plus calme possible quand vous vous adressez à elle, gardez un ton de voix le plus posé possible quand bien même vous vous sentez inquiet aussi.
  • Si cela est possible apportez-lui de l'eau et quelque chose à manger,
  • Asseyez vous et parlez avec elle. Passez un peu de temps près d'elle,
  • Regardez de belles choses,
  • Chantez ou fredonnez (particulièrement les chansons pour enfants)
  • Caressez ou jouez avec un animal,
  • Allez vous promener,
  • Parlez de bons souvenirs,
  • Dancez,
  • Tenez lui la main.
Les pièges à éviter

  • N'essayez pas de la faire redescendre à tout prix. Cela empire souvent les choses.
  • Evitez de la «soûler » avec des questions auxquelles elle ne peut pas répondre.
  • Lui montrer que vous êtes inquiet ou nerveux la fera se sentir encore plus isolée.
  • En règle générale, évitez de faire des activités « compliquées » (fermer une fermeture éclair, arranger la stéréo , les lumières…)
  • Respectez ses besoins et ses limites :
    • Ne la touchez pas si elle ne veut pas être touchée.
    • Laissez la tranquille si c'est ce qu'elle souhaite.
Que faire ?

  1. Si quelqu'un à l'air d'aller mal, demander lui s'il souhaite la présence de quelqu'un auprès de lui, si cela a l'air de le gêner alors faites en sorte que quelqu'un dans les alentours garde un œil sur lui.

  2. Mettez-vous au même niveau que lui pour communiquer. Souvent ce qui isole et provoque une sensation de paranoïa c'est que les gens les voit tellement loin qu'ils essayent à tout prix de les faire redescendre. Avant toute chose essayez d'être simplement disponible et essayez de voir le monde tel que lui le voit, au même niveau.

  3. Vous est-il possible de modifier l'environnement sonore, visuel, la température ? Pouvez-vous aller dehors (ou à l'intérieur si vous êtes dehors) ? Un environnement festif (fête, rave, concert) peut aggraver l'état d'esprit de la personne en crise. Essayez de trouver un endroit tranquille qui semble lui convenir (demandez-lui) et demander aux gens alentour de faire de l'espace, indiquez leur que la situation est contrôlée et notez le nom de ceux qui se sont offerts de vous aider en cas de besoin plus tard.

  4. Comment pouvez-vous réduire le risque émotionnel ou physique ? Souvenez-vous que ce qui vous importe c'est la personne et ce qu'elle vit et non pas la situation en elle-même.

  5. Paranoïa: si la personne souhaite rester seule, éviter de la fixer mais faites en sorte de toujours l'avoir au coin de l'œil, aussi discrètement que possible. Imaginez ce que peut ressentir quelqu'un qui traverse une crise de paranoïa, suivi et contrôlé par un étranger (même si vous n'êtes pas un étranger il se peut qu'elle pense que vous l'êtes)

  6. Quels objets, distractions, pourraient aider une personne à passer ce cap difficile (musique, jouet, animal de compagnie …)

  7. No Pressure: Soyez juste là. À moins qu'il y ait un risque de blessure il suffit de leur indiquer que vous êtes là pour eux.

  8. Toucher. Toucher quelqu'un peut être très efficace mais aussi très intrusif. En règle générale, ne toucher la personne en crise que si elle vous a autorisé à le faire ou si c'est elle qui vous a touché en premier. Si elle est au-delà des mots, observez si elle réagit négativement à votre contact. Évitez de vous laisser entraîner à des contacts d'ordre sexuel. Souvent prendre la main est un geste suffisamment fort, sans être menaçant, pour faire comprendre à quelqu'un que vous êtes là.

  9. L'intensité de l'expérience peut être cyclique. Ce peut être un système qui a un début, un milieu et une fin. N'essayez pas de lui faire franchir les étapes trop vite.

  10. « Ce n'est pas pour toujours » : Si la personne est suffisamment consciente pour se poser la question de sa propre santé mentale, indiquez-lui que son état est dû à la consommation d'un produit psychoactif et que quand cela sera le moment elle retournera à son état normal.

  11. Dites lui qu'elle expérimente les effets d'un produit psychoactif (si vous savez lequel dites-le lui) et dites lui que bien que cela soit assez peu fréquent il est normal de passer par des crises spirituelles de ce type et que si elle se laisse aller et laisse le produit faire sa route elle sera de nouveau en forme (comme des milliers d'autres personnes avant elle)

  12. Respirer: respirez avec elle : Si elle est suffisamment consciente faites en sorte qu'elle respire à l'unisson avec vous, avec des respirations profondes et lentes. Si elle est trop loin ou trop paniquée, mettez une main sur son ventre et dites lui de respirez depuis le bas.

  13. Relax: Se laisser aller alors que vous êtes en train de mourir ou que des démons sont entrain de vus déchiqueter peut être très difficile ! Indiquez leur que vous vous assurez que leur enveloppe charnelle ne risque rien. Une des choses les plus importantes étant de se laisser aller à l'expérience et de ne pas essayer de mettre un terme brutalement à la crise.

  14. Méditation: Suggérer doucement qu'elle ferme les yeux et qu'elle se concentre sur elle-même. Cela peut changer le cours des choses.


  15. Pieds nus : être pieds nus est une expérience très enracinante, qui peut ramener quelqu'un « sur terre ». Enlevez chaussures et chaussettes et mettez les pieds directement sur le sol… en évitant les endroits à risque (verre brisé, aiguilles …)


  16. Contact visuel: Si la personne n'est ni paranoïaque ni effrayée croisez son regard le plus possible.


  17. « Pour moi tout va bien » : Faites lui comprendre qu'alors même que le monde est entrain de s'écrouler pour elle, pour vous, ici et maintenant, tout va bien.


  18. Processus sain : Les crises font partie du développement psychologique des humains. C'est ainsi qu'il faut les appréhender et non les transformer en problème à résoudre. Cf Grof, Bill Richard , et al.




Il est difficile de parler, d'établir le contact avec d'autres, voir même d'être conscient de la présence d'autrui quand on traverse une crise. Si vous êtes assis avec une personne qui est dans cet état, soyez à l'écoute de ce qu'elle raconte. Si cela paraît utile et approprié vous pouvez leur poser des questions simples sur leur expérience.

Quelles couleurs vois-tu ? Est ce que tu es triste ? Quel âge as-tu ?

Il est probable que les réponses soient métaphoriques, peu concrètes : toutes les couleurs, je suis aussi vieux que la rivière (etc) ne vous attendez pas à soutenir une conversation normale.

Certaines personnes ont déclaré qu'une des choses les plus réconfortantes qu'il soit est d'être enveloppé dans une couverture. Nous ne soulignerons jamais assez l'importance d'avoir à disposition, pour faire face à une urgence, une couverture bien lourde.



Résumé

Faire face à une crise psychédélique peut être une expérience stressante pour les usagers, les gens qui veillent sur eux et les observateurs en général. Cependant une évaluation précise de la situation et une réponse calme, adaptée, permettent bien souvent que la plupart des évènements soient gérés de façon satisfaisante. Pour la personne ayant vécu cette crise, assimiler cette expérience une fois la crise passée est un processus tout aussi important que de faire face à la crise elle-même.



Translated by : Réseau RESTIM (France)